En 2004, la Ferme Cadet-Roussel a tenté l’expérience de la culture du chanvre industriel (cannabis sativa), qui jusqu’à présent est pratiquement, de façon légale, absente de nos champs québecois.
D’abord, faisons la distinction entre la marijuana et le chanvre. Tous deux sont issus de la même espèce, soit le cannabis sativa, cultivé depuis environ 8 000 ans. Toutefois, les variétés ne sont pas les mêmes.
La marijuana est cultivée pour sont bouton floral à forte teneur en delta-9 tetrahydrocannabinol (THC), l’élément psychoactif utilisé en médecine traditionnelle depuis plusieurs milliers d’années et est aussi consommée pour son effet euphorisant. Il existe plus de 400 variétés de marijuana aujourd’hui.
Le chanvre industriel, tant qu’à lui, est cultivé pour sa fibre et sa graine et ne contient pas plus de 0,3% de THC, comparativement à la mari qui varie entre 8 et 25%. Il y a deux types de cultures; les variétés à fibre et les variétés à graine, deux productions très différentes.
Les variétés à fibre peuvent atteindre une hauteur de 4,5m à 6m voire 7,6m dans des conditions exeptionnelles. On peut produire jusqu’à 12 tonnes de matière sèche à l’hectare en seulement 4 mois, soit 4 fois plus qu’une forêt sur une durée de 20 ans (soit le temps minimum nécéssaire avant la récolte d’un arbre).
Les variétés à graine, comme celle cultivée à la ferme, sont relativement courtes et atteignent environ 2m. On récolte entre 0,5 et 1,5 tonnes de graines et 5 à 10 tonnes de fibre à l’hectare. La fibre de ces variétés n’est pas de qualité textile mais offre une matière première aux mille et une possibilités. Pour ce qui est de la graine, elle est une source alimentaire extraordinaire. Elle est composée de 44% d’huile, 33% de protéines et 12% de fibres et d’hydrate de carbonne. Le principal avantage nutritionnel de la graine de chanvre est la composition de son huile.
Dans notre alimentation, on retrouve habituellement l’oméga-6 et l’omega-3 ( acides gras essentiels)dans une proportion de 10:1, ce qui nous conduit à une carence en oméga-3. Des recherches cliniques tentent de démontrer que ce déséquilibre est un facteur influant dans plusieurs maladies, telles que les maladies cardiovasculaires, l’arthrite, le diabète, les problèmes de peau et d’humeur. Le ratio idéal souhaité en oméga-6 et oméga-3 serait de 4:1 alors que l’huile de chanvre contient un ratio de 3:1, plus que toute autre huile ou graine.
La loi exige que les graines de chanvre pour la consommation humaine soient non viables; elles ne doivent pas germer. Deux techniques sont utilisées; la décortication, qui conserve la vie mais élimine la possibilité à la graine de germer, ou l’irradiation, qui permet de conserver la graine ronde mais qui tue la graine. Il y a le pressage pour en extraire l’huile et du même coup, faire de la farine. Pour avoir tous les bénéfices de la graine on doit absolument la consommer décortiquée ou ajouter l’huile et la farine dans ses recettes préférées.
Les graines de chanvre s’emploient dans tout : dans les céréales, les salades, sur la crème glacée, dans les recettes de gateaux, dans un sauté, dans le yogourt, les sandwich. L’huile peut servir dans des vinaigrettes, elle peut remplacer le corps gras dans les gateaux ou simplement comme supplément alimentaire à raison d’une cuillère à thé par jour. On doit éviter de la chauffer au dessus de 150°C. La farine peut être utilisée en mélange avec nos farines habituelles.
La culture du chanvre ne s’arrête pas seulement aux bienfaits d’en consommer la graine, elle est aussi une plante aux possibilités presque infinis, surtout lorsqu’on parle de la fibre qu’elle produit. Avec les technologies d’aujourd’hui, nous pouvons faire des plastiques, des matériaux composites, l’utiliser comme substitut à la fibre de verre en plus de tout ce qu’on en a fait dans l’histoire : toiles, vêtements, tapis, cordages, litières, papier, etc. Imaginons par exemple que nous décidions, en Amérique du Nord, d’utiliser le chanvre comme matière première pour nos besoins en papier; nos forêts seraient moins pillées, les producteurs agricoles auraient une nouvelle plante à cultiver, autre chose que du maïs et enfin, une nouvelle industrie biodégradable naîtrait, avec une production moins nuisible à l’environnement que la plupart des cultures commerciales, puisque le chanvre ne requiert pas de pesticides.
En fait, la culture du chanvre est agronomiquement bienfaisante. Elle décompacte les sols avec sa racine très longue et solide, et les variétés à fibre peuvent aider les producteurs biologiques à contrôler les plantes sauvages.
Bref, consommer des produits dérivés du chanvre industriel c’est encourager une industrie conscientieuse, durable et renouvlable (surtout si le produit est certifié biologique).
Références:
http://www.wonderchanvre.com/index.htm
http://www.thehia.org/
http://www.votehemp.com
http://ods.od.nih.gov/news/conferences/w6w3_abstracts.html
http://www.freshhempfoods.com/pdf/forgotten.pdf
Recette:
http://www.granderuche.qc.ca/recettes/rec019.htm